Raimund Fleiter | Musicien & Compositeur

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Cet article a été écrit le 07 juin 2011, dans la catégorie Cantate pour Florent.

Sur la « Cantate pour Florent »

I – Tu voleras

II – Dédale à Icare

III – Mon bel amour, mon aventurier

IV – Il fait froid

V – La dispersion des cendres

VI – De Dédale sur Minos

VII – 14 janvier

Jusqu’à présent la plupart de mes publications sont des pièces instrumentales et des chants dans les domaines du jazz et de la musique expérimentale. Cependant pour cette œuvre j’ai choisi une forme plus traditionnelle, comme pour nombre de mes compositions précédentes. Cela ne surprendra pas celles et ceux qui ont suivi mes travaux récents. La forme « cantate » s’est naturellement imposée à moi pour traiter d’un sujet très concret et personnel, à savoir « comment surmonter la douleur d’un deuil? »

 

Voici deux ans j’ai participé à l’émouvante cérémonie des obsèques de mon neveu Florent, décédé accidentellement à 27 ans en montagne lors d’une descente en ski extrême. Certes émouvante mais aussi impressionnante car son déroulement ne fut ni planifié ni liturgique. A l’issue de cette cérémonie laïque de deux heures chacun s’est rendu compte du champ des sentiments exprimés, toutes générations confondues : immense chagrin de la famille, colère et incompréhension des amis, peine infinie d’un amour perdu… Tous ces mots prononcés, authentiques, spontanés, parfois violents, ont permis l’intime communion de l’assemblée et ont exprimé le lien profond de chacun avec Florent, ce qui fut la plus belle manière de lui rendre hommage.

 

Cela provoqua en moi le désir d’évoquer sa mémoire à travers la musique et ainsi de traduire pour les conserver toutes les émotions qui nous rapprochèrent les uns des autres. J’ai donc commencé à écrire cette cantate funèbre sans plan précis pour les différentes parties, en mettant en musique les textes dits pendant la cérémonie ainsi que ceux prononcés lors de la dispersion des cendres au pied des Aiguilles d’Arves, en pleine nature.

Je reçus l’impulsion décisive pour la structure de l’œuvre grâce au poème de Clémence, six ans, écrit avant l’accident. Connaissant mon projet les parents de Florent me l’envoyèrent, frappés par la coïncidence :

 

« Il était une fois… rien.

Dans une pluie de perles tu déroules ton secret.

Tu me le souffles à l’oreille.

N’oublie pas ce poème qui t’offre des ailes.

Non, je ne triche pas, je ne te mens pas.

Je t’assure que c’est vrai :

Tu voleras. »

Ce poème peut être lu comme une réflexion métaphysique sur la mort mais aussi comme une description de la joie de vivre de Florent avec la prémonition de sa brutale disparition. Pour nous qui demeurons, l’accident confirma hélas ce qui fut une part délibérée de sa vie, la recherche de défis sportifs à hauts risques.

 

Pour moi le poème de la petite fille n’est pas seulement en relation avec la mort de Florent, il est aussi une ode à la liberté. J’ai donc choisi ce concept comme fil d’Ariane de la cantate et placé le poème au début de l’œuvre. J’ai saisi l’idée de « voler » comme métaphore de cette « Liberté » en adaptant deux textes du mythe d’Icare et Dédale : d’abord l’euphorie de se sentir réellement pousser des ailes, ensuite celle de pouvoir se débarrasser d’un tyran. Liberté acquise, liberté conquise. La cantate s’achève avec la mise en musique d’un poème récent qui décrit les bouleversements en Tunisie, début 2011. C’est un courageux plaidoyer pour la liberté et son titre, « 14 janvier », fait écho au 14 juillet, journée de fête nationale en France.

4 commentaires

  1. Bertrand CAZENEUVE
    10. juillet 2011

    Magnifique poème que celui de cette petite fille, Clémence, qui devra continuer elle aussi à écrire tant elle me semble douée et précoce dans cet art difficile.
    Tous mes voeux de réussite à toi, Raimund, dans l’attente d’entendre cette oeuvre qui, je n’en doute pas, sera une oeuvre poignante et tout à la foi(s) pleine d’espoir.
    Amitiés.

  2. Claudine et Guy MARTEL
    25. juillet 2011

    Nous sommes les grands-parents de Clémence et nous sommes très touchés que le poème de notre petite-fille ait servi de fil conducteur à la composition de « la cantate à Florent ».
    Nous sommes très impatients de pouvoir écouter l’oeuvre de Raimund Fleiter, soit à Paris, soit à Nîmes où nous habitons.
    A M. Bertrand Cazeneuve, nous pouvons dire que notre petite Clémence (aujourd’hui âgée de 11 ans) a déjà écrit deux recueils de poèmes, et nous pouvons confirmer qu’elle est très douée.
    A très bientôt.

  3. Clémence PROVOST
    17. août 2011

    Je suis la jeune fille du poème « tu voleras » : Clémence. Je vous écris pour vous dire, monsieur Fleiter, que je ne pensais pas que mon poème retrouvé récemment par mes grands parents irait si loin ! Quoi qu’il en soit, je vous remercie de l’avoir choisi comme fil conducteur de la cantate, et moi aussi, j’espère être présente à votre concert.

    Respectueusement, Clémence

  4. Clémence PROVOST
    29. octobre 2011

    Nîmes Dimanche, 23 octobre
    Encore bonjour monsieur Fleiter,

    Je suis heureuse de vous rencontrer enfin, je pense que c’est pareil pour vous ?
    J’ai vu la vidéo de votre 1ère répétition et je dois avouer que j’ai beaucoup aimé !
    La musique laisse imaginer la pluie de perles, et à la fin, toute la musique s’accélère, s’envole, car le poème lui a offert des ailes.

    A bientôt et merci beaucoup,
    Clémence

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